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Mzora : Un Mystérieux Cromlech Néolithique au Cœur du Maroc

Découvrez Mzora, un site mégalithique niché dans le nord du Maroc, où se mêlent mythologie et mystère archéologique. Alors que les cromlechs, ces impressionnants cercles de pierres, sont généralement associés aux paysages verdoyants de l’Europe, le cromlech de Mzora se dresse comme une exception fascinante. Avec ses mystères encore tapis dans l’ombre, Mzora invite les amateurs d’histoire et de mystique à déchiffrer les secrets de son passé.

Les caractéristiques du cercle de pierre Mzora 

Le tombeau-cromlech de Mzora, aussi connu sous le nom de Msoura, est un joyau caché dans le paysage marocain, situé à environ 27 kilomètres au sud-ouest d’Asilah. Ce site archéologique, datant de l’époque néolithique, est l’un des monuments les plus anciens d’Afrique du Nord.

Imaginez un cercle formé de 167 pierres dressées, chacune racontant une histoire vieille de millénaires. Ce cromlech crée une ellipse majestueuse de 56 mètres sur 59, orientée d’est en ouest. Au milieu, se dresse une pierre impressionnante de 5,34 mètres de haut.

Ce qui rend Mzora particulièrement fascinant, c’est sa forme elliptique, rappelant les cercles de pierres les plus anciens de Grande-Bretagne.

Vue aérienne du cromlech de Mzora au Maroc montrant un cercle de pierres disposées autour d'un monticule central

Cromlech Mzora

Dominant ce cercle, un monticule de terre, façonné de mains humaines, émerge du sol. Ce tumulus, atteignant une hauteur de 6 mètres, inspire la curiosité. Bien qu’aucune dépouille n’ait été découverte jusqu’à présent, les recherches limitées suggèrent que Mzora pourrait bien être le dernier repos d’un roi maure.

Niché près de l’ancienne cité phénicienne de Lixus, le cromlech de Mzora nous emmène dans un récit tout droit sorti des grandes épopées antiques.

Mzora et le tombeau d’Antée, le géant de la mythologie Grecque

Gravure de Gustave Doré représentant le géant Antée confronté par Hercule.

Le géant Antée, fils de Poseïdon dans la mythologie 

Selon la légende, c’est ici que reposerait Antée, ce géant mythique, fils de Poséidon, le dieu des mers, et de Gaïa, la déesse de la Terre.

Antée, célèbre pour sa force surhumaine, tirait sa puissance invincible directement du contact avec la Terre, sa mère. Tant qu’il touchait le sol, il était indomptable. Dans la grandeur de sa stature, il dominait une partie de l’Afrique du Nord, inspirant crainte et respect à ceux qui traversaient ses terres.

Sa légende a traversé les âges, notamment grâce à son affrontement légendaire avec Hercule. Ce demi-dieu, connu pour ses douze travaux, a finalement découvert le secret de la force d’Antée. En le soulevant du sol, Hercule a brisé le lien d’Antée avec la Terre, le rendant vulnérable et mettant fin à son règne.

L’histoire du tombeau d’Antée prend racine dans des récits anciens, remontant jusqu’au 1er siècle avant notre ère. Le géographe Strabon mentionne ce tombeau dans son œuvre ‘Géographie’, en le reliant au général romain Quintus Sertorius. Selon les récits, lors de sa campagne militaire au Maroc, Sertorius a été informé par les locaux de l’existence d’un monument impressionnant, identifié comme la tombe du géant Antée.

Sceptique, Sertorius décida d’explorer le tombeau. À sa grande surprise, il y découvrit les restes d’un géant, donnant ainsi crédit à la légende.

mais Sertorius ne pouvant croire ce que comptoient les Barbares du païs, pour la grandeur de la sépulture qu’ilz en monstroient, la feit dé-couvrir tout à l’entour, et ouvrir, et y ayant trouvé un corps d’ homme de soixante coudées (plus de vingt cinq mètres) de long, à ce que l’on dit, en de-moura grandement esmerveillé, et après avoir im-molé dessus une hostie, feit recouvrir et fermer le tombeau ( Source : Academia Page 765 Note 1 )

Cette histoire ancienne, mêlant réalité et mythe, a été reprise par d’autres érudits célèbres, tels que Plutarque et Pline l’Ancien. Ces récits renvoient à des traditions encore plus anciennes, déjà évoquées par Pindare au Ve siècle avant J.-C., dépeignant la défaite d’Antée, ce roi géant de Libye, face à Hercule.

Image historique en noir et blanc du tombeau de Mzora avec ses pierres dressées et palmiers en arrière-plan.

Mzora, le tombeau du géant Antée

Mzora à Travers les Âges : De l’Oubli à la Redécouverte

Malgré son importance historique et mythologique, un voile de silence semble recouvrir cette région dans les écrits des géographes arabes.

Cependant, un nouvel écho de Mzora émerge des récits des guerriers lusitaniens du XVe et XVIe siècle. Partant d’Asilah, ils nommèrent ces pierres mystérieuses ‘Pedra Alta’, un terme qui signifie ‘haute pierre’. Ces explorateurs, lors de leurs pérégrinations à cheval dans la région, trouvaient refuge et ombre sous ces imposantes pierres, suscitant leur curiosité et étonnement.

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que le cromlech de Mzora a commencé à attirer l’attention des voyageurs européens. Fascinés par cette structure imposante, ces explorateurs ont commencé à tisser des liens entre les mégalithes de Mzora, les légendes antiques et la figure mythique d’Antée.

Ainsi, le site a progressivement gagné en notoriété, devenant un point d’intérêt pour les amateurs d’histoire, désireux de découvrir les secrets de ce lieu unique.

Les fouilles archéologiques controversées de Mzora 

Les fouilles archéologiques sur le site de Mzora se révèlent aussi captivantes que son histoire millénaire. Au fil des ans, plusieurs chercheurs se sont succédé pour étudier, mesurer et documenter ce lieu énigmatique. Cependant, c’est en 1935 que les fouilles prennent un tournant significatif sous la direction de l’archéologue espagnol Cesar Luis de Montalban.

Pourtant, le travail de Montalban n’a pas été exempt de controverses. Plus troublant encore, il lui fut reproché de ne pas avoir rédigé des rapports détaillés pour documenter les découvertes faites lors de ces fouilles.

Mais derrière ces critiques se cache une histoire plus sombre et dramatique. En juillet 1936, alors que l’Espagne était secouée par un coup d’État militaire, Montalbán fut arrêté sur le site de Mzora même. Menacé par les armes des troupes de Franco, il fut emprisonné pendant deux ans.

Cette détention abrupte et tragique a marqué un arrêt prématuré des fouilles, laissant le site vulnérable. En effet, après l’arrestation de Montalbán, le site a souffert du pillage de ses trouvailles et de ses équipements par les habitants locaux.

Photographie en noir et blanc de Cesar Luis de Montalban à côté d'une pierre levée du site de Mzora.

L’archéologue espagnol Cesar Luis de Montalban

Le rapport de l’archéologue Espagnol Miquel Tarradell

Miquel Tarradell, un éminent archéologue qui a publié en 1952 un rapport scientifique sur les fouilles, a évoqué Montalbán avec un mélange de respect et de regret. Tarradell souligne que, malgré les critiques, Montalbán a été victime de circonstances malheureuses qui ont entravé son travail et la préservation du site. Il regrette que les efforts de Montalbán aient été si brutalement interrompus, et que les résultats de ses recherches soient restés en grande partie inconnus ou non validés.

Malheureusement, l’auteur de cette étude n’a pas publié les résultats de son travail, et il n’y a pas de traces de celui-ci dans la bibliothèque du Musée Archéologique de Tétouan, contrairement à d’autres fouilles réalisées par Montalbán. Il n’existe aucune mémoire ni référence à cette étude, et nous ignorons ce qui a pu être découvert. On parle de la découverte d’une tombe dans le centre du tumulus, mais aucune pièce de ce singulier ensemble n’est présente dans les collections dudit Musée de Tétouan, où tous les artefacts archéologiques du Protectorat ont été rassemblés. ( Traduction:  El túmulo de Mezora, page 2 )

Témoignages des Membres de l’Équipe de Montalbán en 1980

Le 27 octobre 1980 marque une étape importante dans l’histoire des recherches sur Mzora. Ce jour-là, une équipe de chercheurs dédiée à l’étude de l’origine et du développement du mégalithisme a entrepris une démarche essentielle : recueillir les témoignages de ceux qui avaient une connexion directe avec le site et son histoire.

Parmi eux se trouvait Si Ahmed Ben Abdallah Fedel, le gardien du monument. Son lien avec Mzora était personnel et historique : son père avait été le surveillant du chantier dirigé par Montalbán.

Un autre témoignage précieux fut celui de Si Mohamed Ben Abdessalam Keltoumi. En tant qu’ancien ouvrier ayant travaillé aux côtés de Montalbán, il était l’un des derniers témoins vivants ayant une expérience directe des fouilles.

Ces témoignages ont apporté de curieux éclaircissements sur le déroulement des fouilles marquées par l’absence de rapports écrits officiels.

[…] Montalban a été arrêté à Chouahed en 1936, de nuit, par les soldats de Franco. Il a laissé sur place tous ses effets mais a vraisemblablement emporté ses notes avec lui. Auparavant, il avait déjà emporté le produit de ses fouilles. Le tumulus était intact avant l’arrivée de Montalban qui l’a fouillé par quarts. Le matériel découvert semble avoir été abondant car, au moins chaque semaine, il organisait une fête pour célébrer sa découverte[…]

[…] lors de chaque trouvaille il renvoyait les ouvriers,interdisait à quiconque de pénétrer sur le chantier et procédait lui même au dégagement, fût-ce pour un clou.  […] ( Source: Academia.edu – page 765- note 2 )

La Préservation de Mzora

Il est important de noter qu’aucune autorisation de reprendre les fouilles sur le site n’a été accordée depuis l’arrestation de Montalbán. Cependant, quelques études ont été autorisées dans le but d’étudier les lieux sans les détériorer.

Entre 1970 et 1976, une équipe composée de chercheurs français, marocains et américains ont réalisés les premières photographies aérienne du site. Ils ont également entrepris le premier relevé complet du site à l’aide d’instruments, cependant, ce relevé était entaché de nombreuses imprécisions et inexactitudes.

Vue aérienne en noir et blanc du cromlech de Mzora avec ses alignements de pierres circulaires.

Vue aérienne Mzora

L’influence des théories d’Alexander Thom, particulièrement populaires à cette époque, a orienté les chercheurs vers une interprétation astronomique du cromlech. Ces interprétations, bien que fascinantes, ont suscité des débats au sein de la communauté scientifique.

Puis en 1978, un sondage non autorisé fut mené dans la partie nord-est du site de Mzora.

Dans les années 1980, les autorités marocaines ont fait appel à une équipe spécialisée pour réaliser un relevé géométral du site. Cette méthode, visant à cartographier le site en respectant fidèlement ses formes et dimensions réelles, ne prenant cependant pas en compte la perspective. Malheureusement, l’absence de fouilles et de dégagements a limité la possibilité d’approfondir la connaissance de Mzora.

Pour préserver ce patrimoine historique, le site a finalement été placé sous la protection de l’antenne tangéroise de l’Inspection des monuments historiques, garantissant ainsi sa conservation.

Les Rapports Cachés de Montalbán 

Un tournant remarquable dans l’étude de Mzora a été la publication d’une étude par Enrique Gozalbes Cravioto, qui a révélé l’existence de documents personnels de la famille de Montalbán.

Ces documents contenaient quatre rapports racontant les travaux de l’archéologue.

Le premier rapport, datant de mars 1934, offre un aperçu des projets initiaux de Montalbán, incluant le nettoyage des ruines de Lixus et du cromlech de Mézora. Bien que bref, ce document jette une lumière sur les premières étapes de son travail archéologique.

Le deuxième rapport, rédigé en avril 1935, approfondit les découvertes de Montalbán sur le cercle de mégalithes de Mzora. Ce document met en évidence la découverte d’un grand instrument lithique d’origine probablement paléolithique, ainsi que des gravures intrigantes sur certains monolithes. Il révèle aussi un intérêt particulier de Montalbán pour les cromlechs européens et leur signification possible en tant que temples solaires.

Le troisième rapport se concentre sur les méthodes stratigraphiques appliquées par Montalbán durant ses fouilles. Il détaille le plan à suivre lors de l’excavation pour collecter divers objets comme des céramiques, des ossements humains et animaux, et pour examiner les différentes couches de terre.

Le quatrième rapport, daté d’avril 1961, soit un quart de siècle après ses fouilles sur le terrain, il aborde l’archéoastronomie, se focalisant notamment sur les cupules de certains monolithes. Il mentionne également l’absence de découvertes majeures dans le premier fossé et la création d’une nouvelle tranchée dans une direction nord-sud. Il parle de l’existence possible d’une tombe qui expliquerait en grande partie le monument mais, curieusement, il ne se souvient pas expressément d’avoir procédé à son exploration, contrairement aux témoignages oraux qui ont cependant été fournis. ( source: Open edition Antiquité Africaine N°54 )

Dans ces rapports de 1936 et 1961 relatifs aux fouilles, l’archéologue revient sur la question de l’existence de nombreux outils en silex, découvert à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du cercle. Il avait réussi à rassembler pas moins de 2 000 pièces de silex dont il ignorait totalement le sort en 1961 : c’est sans doute le problème des pillages survenus après les événements de juillet 1936 .

Ces quatre rapports longtemps inconnus soulèvent des questions et mettent en évidence une version différente de celle évoquée par les témoignages des anciens ouvriers recueillis dans les années 1980.

Ces derniers rappelaient des célébrations hebdomadaires organisées par Montalbán pour marquer ses découvertes, soulignant une atmosphère festive sur le site.

« La plus grande fête a été organisée lors de la découverte, vers le centre, d’un ‘four’ ou ‘caisson’ construit en pierre. Il contenait des cendres – mais pas d’ossements – et une dalle inscrite. »

Ces contradictions entre les documents écrits de Montalbán et les témoignages oraux des anciens ouvriers, apportent une dimension mystérieuse à l’histoire de Mzora.

Le Cromlech de Mzora : Un Carrefour de Mythes, d’Astronomie et d’Histoire

Le cromlech de Mzora, avec son architecture singulière rarement observée en Afrique du Nord, pose des questions captivantes. Comment ce type de structure, typique des paysages européens, s’est-il retrouvé ici ? Quelle était sa véritable fonction ?

Des analyses génétiques récentes suggèrent une mobilité et des voyages bien plus étendus des populations de cette époque que ce que l’on supposait auparavant, ouvrant la voie à de nouvelles hypothèses sur l’origine de Mzora.

Mzora est reconnu pour ses caractéristiques à la fois archéologiques et astronomiques. L’alignement des sites mégalithiques avec des phénomènes astronomiques importants, comme les solstices, appuie l’idée que ce site était utilisé pour suivre les saisons.

Cependant, Mzora garde jalousement ses mystères, et sa connexion avec le géant mythique Antée ajoute une couche fascinante d’histoire et de légende. Pourquoi un général romain prétendait-il avoir découvert les restes d’un géant sur ce site ? Quelles réalités historiques pourraient se dissimuler derrière cette légende ?

Pourquoi les fouilles n’ont-elles pas été reprises après l’arrestation de Montalbán ? Et pourquoi ses rapports récemment mis au jour, divergent-ils des témoignages de l’époque ?

Quelles histoires ces pierres pourraient-elles nous raconter si elles pouvaient parler ?

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Michaël

Michaël

Auteur

Animé par une curiosité insatiable et un esprit toujours en quête de nouvelles découvertes, j’ai exploré une multitude de sujets captivants. Je m’efforce de proposer des contenus uniques sur des thématiques aussi diverses que les civilisations anciennes, les phénomènes ufologiques, les mystères de la conscience, les expériences de mort imminente, et bien d’autres. J’ai également publié des articles pour le magasine Cerveau & Physique Quantique.

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